Le lac du Bouchet, lac volcanique presque rond entouré de forêt, à deux pas du chemin de Stevenson en Haute-Loire
Guide25 août 202610 min de lecture

Chemin de Stevenson : les étapes auvergnates du GR70

Trois jours de marche entre Le Puy-en-Velay et Langogne, sur les pas d'un écrivain écossais et de son ânesse. On vous détaille les étapes, les distances, la question de l'âne et la bonne saison pour partir.

Par Antoine R.

Contributeur Haute-Loire

Le GR70 part du Puy-en-Velay : 70 km de hauts plateaux, la Loire naissante à Goudet, Pradelles en balcon, puis Langogne. Étapes, kilométrages et conseils pour marcher sur les pas de Stevenson.


Le chemin de Stevenson, c'est le GR70 : un peu plus de 270 km entre Le Puy-en-Velay et Alès, sur les traces d'un écrivain écossais parti en septembre 1878 avec une ânesse têtue. La partie auvergnate aligne trois étapes entre Le Puy et Langogne : 70 km de hauts plateaux volcaniques, de gorges de la Loire naissante et de villages perchés. C'est la porte d'entrée idéale pour goûter au chemin, un long week-end suffit. On vous détaille chaque étape, les kilométrages, la question de l'âne et la meilleure saison (elle commence maintenant). Les traces GPX et le profil complet sont sur la fiche du GR70.

Stevenson, Modestine et le livre qui a tout déclenché

Automne 1878. Robert Louis Stevenson n'a pas encore trente ans, pas encore écrit ses grands romans, et le moral en berne : Fanny, l'Américaine dont il est amoureux, vient de repartir en Californie. Il pose ses valises au Monastier-sur-Gazeille, un bourg du Velay, avec une idée fixe : traverser les Cévennes à pied et en tirer un livre.

Au Monastier, il achète une ânesse pour soixante-cinq francs et un verre d'eau-de-vie. Il la baptise Modestine. Elle portera son barda (dont un énorme sac de couchage doublé de peau de mouton) et lui mènera la vie dure dès les premières côtes.

Le 22 septembre 1878, il quitte Le Monastier. Douze jours et quelque 220 km plus tard, il pose son sac à Saint-Jean-du-Gard. Il en tire « Voyage avec un âne dans les Cévennes », publié en 1879. Le récit devient un des textes fondateurs de la randonnée moderne : marcher pour marcher, dormir dehors, raconter. À l'arrivée, il revend Modestine, et avoue avoir pleuré en la quittant.

Depuis le centenaire du voyage, en 1978, l'itinéraire est devenu un sentier de grande randonnée : le GR70, balisé blanc et rouge. Son départ officiel se trouve aujourd'hui au Puy-en-Velay, en amont du point de départ historique. Bonne nouvelle pour vous : ça ajoute une étape entière en Auvergne.

Le tracé côté Auvergne : trois étapes, 70 km

Sur ses 270 et quelques kilomètres, le GR70 traverse le Velay, le Gévaudan, le mont Lozère et les vallées cévenoles. La part auvergnate se joue en Haute-Loire, du Puy-en-Velay à la limite de la Lozère, juste après Pradelles. Langogne, première ville lozérienne, sert de point de chute final : gare, commerces, hébergements.

Comptez environ 70 km et trois jours de marche. Le profil est celui d'un haut plateau volcanique : des montées franches en sortie de vallée, puis de longues sections ouvertes, du vent, des horizons larges. Rien de technique, mais des journées de 19 à 27 km : un minimum d'entraînement rend le tout nettement plus agréable.

Étape 1 : du Puy-en-Velay au Monastier-sur-Gazeille (19,3 km)

Tout commence au pied de la cathédrale. On vous conseille d'arriver la veille : Le Puy-en-Velay mérite mieux qu'un départ expédié à l'aube. Montez à la cathédrale Notre-Dame, classée au patrimoine mondial au titre des chemins de Compostelle, puis à la statue de Notre-Dame de France, coulée dans la fonte de canons rapportés de Sébastopol : la vue embrasse tout le bassin. Pour préparer la soirée, on a écrit pourquoi cette ville vaut le voyage.

Le Puy est un carrefour de grands chemins : les marcheurs de Compostelle en partent chaque matin, et le GR430, le chemin de Saint-Régis, s'élance lui aussi d'ici. Vous, vous suivez le blanc et rouge du GR70 : la sortie de ville grimpe sec, puis le plateau prend le relais, avec les sucs volcaniques du Velay à l'horizon.

L'arrivée au Monastier-sur-Gazeille a un goût particulier. C'est ici que Stevenson a passé plusieurs semaines à préparer son voyage, ici qu'il a acheté Modestine. Le bourg s'étire autour de l'abbatiale Saint-Chaffre, façade romane en pierres volcaniques et orgue de 1518 à l'intérieur. Pour la fin de journée, on a notre adresse : L'atelier divin, une table qui fait aussi cave à vin, exactement ce qu'il faut après 19 km et une première journée de plateau.

Étape 2 : du Monastier-sur-Gazeille au Bouchet-Saint-Nicolas (23,9 km)

La journée la plus variée des trois. Le chemin joue aux montagnes russes entre vallées et plateaux, jusqu'à un moment que l'on trouve toujours aussi étonnant : la traversée de la Loire à Goudet. Oui, la Loire. Ici, le plus long fleuve de France est une rivière de poche, dominée par les ruines du château de Beaufort.

Les gorges de la Loire à Goudet justifient une pause longue. Stevenson a fait halte à Goudet le premier jour de sa marche ; faites pareil, l'Hôtel de la Loire est posé les pieds dans l'eau, au centre du village. Et si vous avez une journée d'avance, le fleuve se remonte vers Arlempdes et son château planté sur un piton de lave. À Goudet, le GR70 croise aussi le GR40, le tour des volcans du Velay : de quoi donner des idées pour une prochaine fois.

La suite grimpe longuement vers le plateau du Devès. Le Bouchet-Saint-Nicolas, village de pierre sombre battu par les vents, marque la fin d'étape ; pour la nuit, il compte un camping municipal. La récompense se trouve hors tracé : le lac du Bouchet, un ancien cratère devenu lac, presque parfaitement rond, cerné de forêt. Si vos jambes suivent, l'aller-retour vaut chaque pas.

Étape 3 : du Bouchet-Saint-Nicolas à Langogne (27,2 km)

La plus longue, et la plus contemplative. Le plateau déroule pâturages, fermes isolées et petits bois, avec cette impression rare que l'horizon ne s'arrête jamais. C'est l'étape où l'on comprend pourquoi Stevenson parlait tant du silence de ces hauteurs.

À Pradelles, accordez-vous une vraie pause. Le village, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, aligne maisons anciennes et arcades, en balcon sur la vallée de l'Allier et le lac de Naussac. Si 27 km vous paraissent longs, Pradelles fait une coupure naturelle : l'étape se transforme alors en deux journées courtes.

Peu après, vous quittez l'Auvergne sans cérémonie : un panneau, et voilà la Lozère. La descente finale vous amène à Langogne, sa gare, ses commerces. Fin de la partie auvergnate ; le chemin, lui, continue vers le Gévaudan, le mont Lozère et les Cévennes.

Le récap des étapes auvergnates

ÉtapeDistanceDurée indicative
Le Puy-en-Velay > Le Monastier-sur-Gazeille19,3 km5 h
Le Monastier-sur-Gazeille > Le Bouchet-Saint-Nicolas23,9 km6 h
Le Bouchet-Saint-Nicolas > Langogne27,2 km7 h

Durées de marche indicatives, hors pauses, à allure tranquille. Le total officiel du Puy-en-Velay à Langogne frôle les 71 km.

Avec un âne ou sans ?

Marcher avec un âne de bât, c'est la tradition la plus vivante du chemin, en hommage direct à Modestine. L'animal porte les sacs, impose son rythme de promeneur et transforme la randonnée en aventure : les enfants, en général, refusent de le lâcher.

Le principe : vous louez l'âne pour la durée de votre itinéraire auprès d'un loueur installé sur le tracé, avec une prise en main avant le départ. Beaucoup d'hébergements du chemin ont l'habitude et savent accueillir l'animal pour la nuit. Les offices de tourisme du secteur tiennent la liste des loueurs : réservez tôt, la fin d'été est courue.

Sans âne, le chemin reste très simple à organiser. Des services de transport de bagages fonctionnent d'étape en étape, et un sac léger sur trois jours n'a rien d'effrayant. À vous de choisir entre la liberté du sac à dos et le charme (têtu) des grandes oreilles.

Septembre-octobre : la vraie saison du Stevenson

Stevenson est parti un 22 septembre, et ce n'est pas un hasard si la fin d'été reste la saison reine sur le GR70 : lumière rasante sur les plateaux, chaleur retombée, troupeaux encore dehors, couleurs qui virent doucement au roux. On a marché ces étapes à plusieurs saisons : rien n'égale une fin septembre claire sur le Devès.

Fin septembre, le chemin voit passer beaucoup de marcheurs au long cours : réservez vos nuits à l'avance. Octobre, lui, vous offre le chemin presque pour vous, avec des matinées piquantes et des après-midis dorés. Deux points de vigilance : les jours raccourcissent vite (partez tôt, surtout sur l'étape de 27 km) et certains hébergements lèvent le pied en arrière-saison, un coup de fil avant de partir évite les surprises.

Mai et juin font une belle alternative, plus verte et plus fleurie. L'hiver, en revanche, les plateaux du Velay se méritent : vent, neige possible, hébergements clairsemés. On vous le déconseille pour une première fois.

Accès et retour : la logistique sans stress

À l'aller, visez la gare du Puy-en-Velay : des TER la relient à Saint-Étienne (correspondances depuis Lyon) et à Clermont-Ferrand. Arrivez la veille au soir, dormez en ville, partez au frais : c'est le bon tempo, et notre guide où dormir au Puy-en-Velay est fait pour ça.

Au retour, Langogne a sa gare sur la ligne des Cévennes, qui relie Clermont-Ferrand à Nîmes. Pour revenir au Puy, comptez une correspondance en gare de Saint-Georges-d'Aurac, ou une liaison en autocar selon les jours. La ligne connaît régulièrement des travaux et des aléas : vérifiez les circulations quelques jours avant votre retour.

Et si vous n'avez pas envie de rentrer tout de suite ? Langogne est aussi un point de passage du GR470, qui suit les sources et gorges de l'Allier : de quoi prolonger par une autre vallée, sauvage à souhait.

Matériel et conseils pour bien vivre vos trois jours

  • Des chaussures montantes déjà rodées, jamais neuves.
  • Trois couches : le vent du plateau ne pardonne pas, même en septembre.
  • De l'eau en quantité : remplissez à chaque village, les sections de plateau sont longues.
  • Des espèces : dans les petits bourgs, la carte ne passe pas partout.
  • Des bâtons, utiles dans les descentes vers la Loire.
  • Les traces GPX téléchargées avant le départ : la couverture réseau peut être capricieuse.
  • Vos nuits réservées en septembre, confirmées par téléphone en octobre.

Dernier conseil de terrain : mettez-vous en jambes quelques semaines avant. La voie verte du Velay fait un excellent terrain d'entraînement, du plat, de la longueur, zéro logistique.

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Rédigé par

Antoine R.

Contributeur Haute-Loire

Le Puy-en-Velay (43)

Du Puy-en-Velay. Je me suis cassé les chevilles plusieurs fois sur les pitons volcaniques du Velay avant de comprendre où passer. Je couvre la Haute-Loire pour Travel in Auvergne : Compostelle, gorges de l'Allier, lentille verte AOP, et tout ce qui se transmet en silence (dentelle, fromages, recettes de famille).

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